Shah Waliyullâh Ad-Dahlawî


Shah Waliyullâh Ad-Dahlawî
Dans un pays où les gouverneurs ne se souciaient plus que de leurs désirs, des voix fortes se sont élevées pour éveiller les insouciants, rétablir l'honneur et appeler à la dignité. La voix de l'Imâm, le juriste, l'ascète, Sheikh Al-Islâm Waliyullâh Ad-Dahlawî retentit et eut un écho gravé dans l'Histoire de ce pays.
Sous l'encadrement de son père, Shah Waliyullâh acheva la mémorisation du Noble Coran à l'âge de sept ans, puis étudia la langue persane et la langue arabe. A l'âge de dix ans, il entamma l'étude du commentaire Sharh Al-Kâfiyah du gnostique Al-Jâmî. Au cours de son enfance et de sa jeunesse, il s'initia aux sciences du Coran, celles du Hadîth et se forma en jurisprudence islamique selon l'école hanafite auprès de grands savants indiens, et surtout auprès de son père qui lui enseigna de nombreux ouvrages et épîtres en arabe et en langue persane :
En Hadîth, il étudia une partie de Sahîh Al-Bukhârî et du livre Ash-Shamâ'il [2]de l'Imâm Abû `Îsâ At-Tirmidhî. Outre ce que son père lui a enseigné en science du Hadîth, il fréquentait l'Imâm du Hadîth de son temps en Inde, Sheikh Muhammad Afdal As-Siyalkûthî.
En Fiqh, il étudia Sharh Al-Wiqâyah wal-Hidâyah.
Pour ce qui est des Fondements de la Jurisprudence [3], il étudia Al-Husâmî et une partie de At-Tawdîh wat-Talwîh.
En logique, il étudia Sharh Ash-Shamsiyyah et une partie de Sharh Al-Matâli`.
En Credo, il étudia Sharh Al-`Aqâ'id.
Pour le Tasawwuf [4], il étudia une partie de `Awârif Al-Ma`ârif d'As-Suhrawardî.
À l'âge de quatorze ans, il se maria et étudia l'éxégèse d'Al-Baydâwî. À quinze ans, il fut habilité à enseigner.
Il s'initia également à la médecine [5] et se pencha sur quelques épîtres en arithmétique.
Il eut un penchant pour l'ascétisme et le Tasawwuf à un âge précoce, ce qui insuffla en lui une haute spiritualité, une grande énergie, un mépris à l'égard des futilités de ce bas-monde et un dévouement total pour la vérité. Ces qualités que Dieu lui a accordées ont fédéré les coeurs autour de lui, si bien que les gens le surnommèrent « Shah Waliyullâh », c'est-à-dire « grand allié de Dieu ».
Il étudia auprès de l'érudit, Sheikh Abû Tâhir Muhammad Ibn Ibrâhîm Al-Kurdî Al-Madanî divers ouvrages de grande importance dont : le Sahîh d'Al-Bukhârî entièrement et une partie du Sahîh de Muslim, Al-Jâmi` d'At-Tirmidhî, les Sunan de Abû Dawûd, les Sunan d'Ibn Mâjah, le Muwatta' de l'Imâm Mâlik et le Musnad de l'Imâm Ahmad Ibn Hanbal. Il écouta de lui un exposé du Musnad du Hâfidh Ad-Dârimî, en dix séances qui se tinrent dans le mihrâb `uthmânî, près de la tombe bénie du noble Messager de Dieu & paix et bénédiction de Dieu sur lui. Sheikh Abû Tâhir lui donna une habilitation à l'enseignement de la science qu'il a acquise auprès de lui.
À la Mecque, il étudia le Muwatta' de l'Imâm Mâlik auprès de Sheikh Wafd Allâh Al-Mâlikî Al-Makkî. Il assista également aux cours de Sheikh Tâjuddîn Al-Qal`î Al-Makkî qui l'habilita à l'enseignement de ce qu'il a appris dans ses cercles de science.
De retour en Inde en 1732 E.C., il poursuivit ses efforts d'enseignement, d'abord dans sa maison où il recevait ses étudiants, puis lorsque son cercle de science s'étendit au point que sa maison ne pouvait l'accueillir, le Sultan Muhammad Shah ordonna qu'on lui construise une grande école qu'il inaugura personnellement. Cette école fut connue sous le nom de « Dâr Al-`Ulûm ». Elle forma de nombreux savants imprégnés de la science de l'Imam Shah Waliyullâh, référence incontournable des savants Indiens.
Il appela au Tasawwuf dans son sens véridique, basé sur le cheminement sincère vers Dieu et l'application des enseignements du Coran et de la Sunnah. Il purifia l'arbre du Tasawwuf des parasites que constituaient les transgressions de ses faux-prétendants et les éléments de philosophie puisés dans des sphères étrangères à la religion. Il appela également à l'ouverture de la porte de l'Ijtihâd en matière de jurisprudence et exposa, avec une science abondante, des sagesses et des vérités de la Noble Législation.
Les efforts d'enseignement et de réforme de l'Imam Shah Waliyullâh portèrent leurs fruits et influencèrent grandement ses élèves, notamment son fils Shah `Abd Al-`Azîz qui, comme son père, excella en Hadîth et en Fiqh. Après la mort de Shah Waliyullâh, Shah `Abd Al-`Azîz porta l'étendard de la réforme de son père et s'opposa aux Anglais en disant sa phrase devenue célèbre : « On ne peut concevoir la présence d'un roi sans pouvoir, à moins d'imaginer un soleil sans lumière ! ». C'est aussi Shah `Abd Al-`Azîz qui déclara que l'Inde était devenue « Dâr Harb » (territoire de guerre) et non une terre d'Islam, car le gouverneur musulman avait perdu son pouvoir au profit des colons Anglais qui nommaient les employés, surveillaient la justice, payaient les salaires...
L'école de Shah Waliyullâh forma des savants qui ont dirigé le jihâd pour libérer l'Inde de la grippe des colons Anglais. Parmi ces savants, l'Imâm Ahmad `Irfân, un disciple de deux des fils de Shah Waliyullâh [6], se distingua par son dynamisme et son dévouement.
Il est remarquable de voir que, en plus de l'enseignement et de la réforme, Dieu a béni le temps de cet Imâm qui composa plus de cinquante ouvrages. Parmi ses ouvrages de grande valeur traitant du Hadîth, la Législation et l'Exégèse, il y a :
- Hujjatullâh Al-Bâlighah fî Asrâr Al-Hadîth wa Hikam At-Tashrî`, publié en Inde en 1869, puis en Egypte en 1877.
- Al-Insâf fî Bayân Sabab Al-Ikhtilâf où il aborde des thèmes relatifs aux fondements de la jurisprudence islamique et l'avènement des écoles juridiques.
- `Iqd Al-Jîd fî Ahkâm Al-Ijtihâd wa At-Taqlîd, où il aborde de nombreuses questions qui relèvent de 'Ijtihâd et de l'imitation des Mujtahids.
- Al-Fawz Al-Kabîr fî Usûl At-Tafsîr où il expose les principes et les outils que doit acquérir la personne qui s'intéresse à l'exégèse du Noble Coran.
- Traduction du sens des versets du Coran en persan (Fath Ar-Rahmân fî Tarjamat Al-Qur'ân)
- Qurrat Al-`Aynayn fî Tafdîl Ash-Shaykhayn
- Izâlat Al-Khafâ' `an khilâfat Al-Khulafâ'
- Al-Muqaddimah As-Saniyyah fî intisâr Al-Firqah As-Sunniyyah.
Dans le domaine du Tasawwuf et de la spiritualité, on doit au Sheikh des ouvrages précieux comme :
- Altâf Al-Quds fî Latâ'if An-Nafs
- Al-Intibâh fî Salâsil Awliyâ' Allâh, "Les chaînes initiatiques des alliés de Dieu".
- Al-Qawl Al-Jamîl fî Bayân Sawâ' As-Sabîl fî Sulûk At-Turuq Ath-Thalâthah Al-Mashhûrah Al-Qâdiriyyah wash-Shishtiyyah wan-Naqshabandiyyah, épître traitant du cheminement spirituel selon les trois voies célèbres en Inde, la Qâdiriyyah, la Chishtiyyah et la Naqshabandiyyah.
- As-Sata`ât, "Les Éclats".
- Al-Hawâmi` fî Sharh Hizb Al-Bahr `alâ Lisân Al-Haqâ'iq wa Al-Ma`ârif, "Explication de la litanie de la mer, par la langue des vérités et de la gnose".
- At-Tafhîmât Al-Ilâhiyyah, "Les Explications Divines".
- Fuyûd Al-Haramayn, "Les Affluences des deux Sanctuaires".
- Anfâs Al-`Ârifîn, "Souffles des Gnostiques".
Pour une liste plus exhaustive, le lecteur arabophone pourra consulter avec profit la longue biographie réservée à Shah Waliyullâh dans Nuzhat Al-Khawâtir de Sayyidî Sheikh Abd Al-Hayy Al-Hasanî, le père de lImâm Abû Al-Hasan An-Nadwî Al-Hasanî, puisse Dieu les agrée tous.
Cet article se base sur la présentation qui est réservée à Shah Waliyullâh dans Nuzhat Al-Khawâtir de Sheikh Abd Al-Hayy Al-Hasanî, le père de l'Imâm Abû Al-Hasan An-Nadwî Al-Hasanî, et sur le site islamonline.net.

[2] Ash-Shamâ'il Al-Muhammadiyyah, "Les Mérites Muhammadiens"
[3] Usûl Al-Fiqh.
[4] En arabe, le tasawwuf désigne le soufisme.
[5] Il étudia un abrégé du Qânûn, le "Canon".
[6] L’Imâm Ahmad `Irfân est un élève de Shah `Abd Al-`Azîz et Sheikh `Abd Al-Qâdir, deux fils de l’Imâm Shah Waliyullâh.
[7] Il s’agit d’As-Sayyid Murtadâ Ibn Muhammad Al-Husaynî Az-Zabîdî, décédé en 1790.
[8] L’auteur de Hilyat Al-Bashar relate qu’As-Sayyid Az-Zabîdî acheva ce dictionnaire encyclopédique en 14 volumes en Égypte. Il le présenta aux grands Sheikhs d’Égypte de son temps — comme Sheikh `Alî As-Sa`îdî, Sheikh Ahmad Ad-Dirdîr, As-Sayyid `Abd Ar-Rahmân Al-`Aydarûs, Sheikh Muhammad Al-Amîr, Sheikh Hasan Al-Jiddâwî, Sheikh `Atiyyah Al-Ajhûrî, Sheikh Ahmad Al-Biyalî, Sheikh `Îsâ Al-Barrâwî, et d’autres — qui inscrivirent leur appréciation, en prose et en vers, au début de l’ouvrage.